Canicules, incendies, sécheresses, inondations… Le dérèglement climatique bouleverse les destinations touristiques et fragilise le modèle économique des hôtels. Altitude, la plateforme d’analyse des risques climatiques d’AXA Climate, appelle les professionnels du secteur à faire de l’adaptation climatique un levier stratégique pour préserver leurs actifs et leur rentabilité.
Le changement climatique n’est plus une menace lointaine pour l’hôtellerie européenne. Les événements extrêmes affectent directement l’exploitation des établissements, entraînant fermetures temporaires, annulations de réservations, dégradations des infrastructures et hausse des charges, indique la plateforme d'analyse Altitude dans une étude publiée en septembre 2026.
. À l'occasion de la canicule de juin 2026, Léonard Grynfogel, expert en écotourisme et dirigeant de Luniwave, soulignait ainsi que certains hôtels français avaient dû reloger leurs clients en raison de défaillances de climatisation liées à la chaleur, avec des pertes pouvant représenter un mois et demi de marge nette.
Selon les données du groupe CBRE citées dans l’étude, les dépenses d’assurance du secteur hôtelier ont augmenté de 19,5 % en 2023. À cela s’ajoutent les coûts croissants de climatisation, d’entretien des bâtiments et de gestion des ressources en eau.
Les conséquences touchent également la fréquentation touristique. D’après une enquête Booking.com réalisée en 2026, 74 % des voyageurs tiennent compte des risques de chaleur extrême dans le choix de leur destination, tandis que 42 % envisagent de voyager hors saison et 25 % privilégient des destinations plus fraîches.
Cette évolution pourrait durablement redistribuer les flux touristiques européens. Selon la Commission européenne, dans un scénario de réchauffement de 3 à 4 °C, la demande touristique estivale pourrait reculer de 10 % d’ici 2100 dans les régions côtières du sud de l’Europe, au profit notamment des pays nordiques. Cette menace pèse déjà sur les stratégies de développement : début 2025, Sébastien Bazin, le PDG du groupe Accor annonçait renoncer à deux projets hôteliers sur l'île grecque de Mykonos, invoquant une analyse des territoires exposés aux pénuries d'eau et aux risques d'incendie.
L’adaptation, un investissement stratégique
Face à ces bouleversements, Altitude encourage les groupes hôteliers à intégrer les risques climatiques dans leurs décisions d’investissement et leur gestion patrimoniale.
La démarche repose sur quatre étapes : cartographier l’exposition des établissements, identifier les actifs prioritaires, évaluer leur vulnérabilité et comparer les coûts des mesures d’adaptation aux pertes financières potentielles.
L’étude illustre cette approche à travers une simulation portant sur un portefeuille fictif de 60 hôtels. Pour un établissement parisien exposé aux inondations, l’installation de dispositifs de protection estimés à 50 000 euros permettrait, selon les hypothèses retenues, de réduire les dommages matériels modélisés de 1,2 million d’euros à l’horizon 2040 (en passant de 4 millions à 2,8 millions). Un résultat théorique, qui ne constitue pas une garantie de retour sur investissement.
Faire de la résilience un avantage concurrentiel
Au-delà de la prévention des sinistres, l’adaptation climatique peut générer des bénéfices économiques : réduction des consommations énergétiques et hydriques, meilleure maîtrise des primes d’assurance, préservation de l’expérience client et valorisation des actifs. Anticiper les risques climatiques devient une condition essentielle pour sécuriser l’exploitation, maintenir l’attractivité des établissements et protéger durablement leur rentabilité.
N. F.
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