À l’ouverture du salon EquipHotel 2026, la conférence « Premiers pas dans l’hôtellerie : obstacles et victoires » a donné la parole à de nouveaux entrants et aux professionnels qui les accompagnent. Autour de la table : Martin Bretecher, fondateur de Figurz ; Muriel Tek Roquejeoffre, présidente de Sangha Hotels ; Camille Omerin, présidente et fondatrice de Verneuil La Douce ; Stéphanie El Khoury, responsable de l’équipe France de Currie & Brown ; ainsi que Laëtitia Huré et Jean-Lou Boisseau, respectivement architecte et architecte associé chez LBBA Architecture.
Financement, conception, travaux, exploitation… Les échanges ont retracé les étapes de leurs premiers projets hôteliers, entre difficultés imprévues et satisfaction de voir un lieu prendre vie. Avec un constat partagé : un regard neuf peut ouvrir la voie à de nouvelles expériences, à condition de s’appuyer sur les bonnes compétences.
Bien s’entourer, dès le départ
Constituer son équipe est une étape dont les porteurs de projet sous-estiment souvent la durée. Architectes, bureaux d’études, spécialistes du patrimoine, entreprises : identifier les bons interlocuteurs demande du temps. Tous les intervenants insistent sur la nécessité d’engager ces démarches en amont, sans attendre l’obtention du permis de construire. Prendre le temps de préparer le projet permet aussi d’éviter des erreurs coûteuses. Encore faut-il trouver des professionnels disponibles et prêts à se déplacer. Camille Omerin en a fait l’expérience : « Au départ, j’ai porté le projet entièrement seule. J’avais du mal à trouver des professionnels sur place, chez nous en Normandie. J’ai cherché à Paris, certains étaient prêts à m’accompagner, mais pas à se déplacer. » Elle s’est ensuite entourée d’une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO), qui l’a aidée à réunir les agences et les expertises techniques nécessaires, tout en préservant l’expérience client.
Pour maîtriser les dépenses de conception et de travaux, une autre piste a été évoquée : le value engineering, ou analyse de la valeur. Le principe consiste à rechercher des solutions moins coûteuses tout en conservant la qualité et les performances attendues. Dans une chambre, il peut s’agir de choisir un autre matériau offrant le même niveau d’isolation acoustique. La démarche repose sur un travail collectif. L’architecte aide notamment le client à hiérarchiser ses attentes et à identifier les éléments essentiels du projet, afin de procéder aux bons arbitrages.
Composer avec les imprévus
Dans un bâtiment existant, une découverte peut présenter un intérêt architectural tout en entraînant une dépense supplémentaire. Muriel Tek Roquejeoffre souligne cette ambivalence : les découvertes qui font la richesse d’un lieu peuvent aussi fragiliser son équilibre financier. D’où l’importance de connaître le bâti le plus tôt possible et de s’entourer d’un économiste de la construction. Son intervention permet d’évaluer les coûts, d’éclairer les décisions à chaque étape et de suivre l’évolution du budget. L’enjeu dépasse l'achèvement des travaux : l’investissement doit rester compatible avec les revenus attendus de l’établissement et le remboursement de la dette. À ces incertitudes s’ajoute la recherche de financement. Selon Muriel Tek Roquejeoffre, le manque d’expérience hôtelière peut rendre les banques plus réticentes à accompagner un nouvel entrant. Camille Omerin rapporte également des négociations plus difficiles avec les établissements bancaires pour son projet, lancé après la crise sanitaire.
Concevoir pour durer et faciliter l’exploitation
Les enjeux environnementaux occupent désormais une place centrale dans la conception. Ils rejoignent des préoccupations très concrètes : confort des clients, entretien des équipements, consommation d’eau et d’énergie, coûts de maintenance. Adapter les bâtiments à l’évolution du climat suppose de repenser les choix dès le départ. Ces exigences invitent les architectes à faire évoluer leurs pratiques, tout en composant avec les contraintes propres à chaque lieu. À Verneuil La Douce, la hausse des prix de l’énergie au moment du rachat a conduit Camille Omerin à investir dans une pompe à chaleur associée à un forage. Elle souligne aussi l’importance du confort thermique pour la clientèle : la recherche de solutions plus sobres doit tenir compte des attentes des voyageurs et de leurs conséquences sur l’activité de l’hôtel. La durabilité se joue également dans le choix du mobilier et des matériaux.
Un équipement peu résistant peut coûter cher à l’usage, entre entretien, réparations et remplacements. À l’échelle d’un établissement, ces dépenses répétées pèsent sur l’exploitation. Du premier rendez-vous aux choix d’aménagement, les intervenants ont ainsi défendu une même exigence : anticiper les conditions d’exploitation de l’établissement. Concevoir un établissement, c’est aussi imaginer un lieu où les clients séjourneront et où les équipes travailleront au quotidien.
B.C.-D.
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