L’hôtellerie de plein air, un puissant contributeur au tourisme français

L’hôtellerie de plein air, un puissant contributeur au tourisme français
De gauche à droite : Nicolas Bouzou (Asterès), Nicolas Dayot (FNHPA), et Laure Tapie (camping de l'Adour) ©N. Foulon

Longtemps associée aux vacances familiales et à l’image d’un tourisme simple et accessible, l’hôtellerie de plein air confirme aujourd’hui son rôle central dans l’économie touristique française, a indiqué Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA) lors de la présentation des résultats de l’année 2025 du secteur, le 30 mars dernier à Paris. Les chiffres de la saison 2025 viennent rappeler son poids considérable, à la fois en matière de fréquentation, de retombées économiques et d’ancrage territorial.


Avec 147,5 millions de nuitées enregistrées en 2025, le secteur affiche une progression de +4,5 % par rapport à 2024, une croissance légèrement supérieure à celle de l’ensemble des hébergements collectifs de tourisme. De mai à août 2025, le marché a totalisé au global 460 millions de nuitées (+3,1 %) dont 90,4 millions de nuitées pour les hôtels (+4,4%). Une dynamique qui confirme la solidité du modèle camping, après une année 2024 plus modérée. La saison estivale reste, sans surprise, le temps fort de cette activité. Les vacanciers français représentent près de 70 % de la fréquentation, tandis que la clientèle étrangère demeure fidèle aux destinations françaises. Le littoral reste la destination phare. « Le littoral progresse encore cette année, de +3,3%. Entre avril et septembre, les campings du littoral représentent près de 66% des nuitées touristiques de la période », a précisé Nicolas Dayot. D’autres territoires gagnent du terrain comme les massifs de montagne et, surtout, les zones rurales poursuivent leur progression. Cette évolution traduit une aspiration croissante pour des séjours plus proches de la nature, dans des territoires moins densément fréquentés et offrant une expérience touristique plus authentique.


Face aux tensions sur le pouvoir d’achat, les vacanciers arbitrent davantage leurs dépenses. Cette tendance profite particulièrement aux campings de milieu de gamme et s’accompagne d’un retour en force des emplacements nus, plus économiques et plus flexibles que les hébergements locatifs.


Des tendances encourageantes pour 2026


Les premières tendances pour la saison 2026 apparaissent encourageantes, même si l’ampleur d’un éventuel regain du tourisme domestique – dans un contexte géopolitique incertain – reste encore difficile à mesurer. « Comme en 2025, les emplacements nus ont le vent en poupe et se remplissent mieux que les emplacements équipés, a poursuivi Nicolas Dayot. Nous observons un ralentissement des réservations sur la deuxième quinzaine de mars avec une hausse des clientèles allemande et belge et un tassement des clientèles néerlandaise et britannique. »


Au-delà de sa fréquentation, le camping représente un levier économique majeur pour les territoires. Selon une étude du cabinet Asterès réalisée pour la FNHPA, l’empreinte socio-économique totale du secteur atteint 31 milliards d’euros en 2025 et représente 196 000 emplois équivalents temps plein, soit environ 0,5 % du PIB national. Les campings eux-mêmes génèrent 4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct et près de 35 000 emplois mais leur impact dépasse largement leurs seules activités, a précisé Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès. Les dépenses des campeurs hors des établissements représentent ainsi 9,8 milliards d’euros par an, notamment dans les secteurs du transport, de la restauration et de l’alimentation. Cet effet d’entraînement est particulièrement visible dans les territoires littoraux et ruraux, où les campings soutiennent l’activité des commerces, des services et des entreprises locales. Dans certains départements touristiques, ils constituent un véritable pilier de l’économie locale. Pourtant, cette contribution économique reste parfois sous-estimée par les décideurs locaux. Illustration avec le camping de l’Adour, situé à Gerde dans les Hautes-Pyrénées, une structure familiale depuis quatre générations. « Pour les élus, ces structures sont considérées comme secondaires avec souvent une méconnaissance de notre potentiel », souligne Laure Tapie, gérante du camping.


Le défi du changement climatique


L’hôtellerie de plein air fait également face à des défis croissants, notamment liés au changement climatique. Installés au plus près des littoraux, des rivières ou des espaces naturels, de nombreux campings sont exposés à des risques accrus : inondations, submersions marines, incendies ou érosion du trait de côte. Aujourd’hui, près de 2 000 campings sont concernés par ces menaces, représentant à eux seuls la moitié de la fréquentation nationale. À l’horizon 2100, près de 1 000 établissements pourraient être directement touchés par l’érosion côtière. « C’est aujourd’hui qu’il faut que l’Etat fasse évoluer la réglementation pour que les campings puissent réduire leur vulnérabilité, se réaménager, construire des bâtiments sur pilotis, installer des hébergements résilients… », a ajouté Nicolas Dayot. Face à ces risques, les professionnels du secteur ont déjà engagé des stratégies d’adaptation. Toutefois, ces démarches se heurtent souvent à des contraintes réglementaires, notamment sur le littoral. La FNHPA a ainsi formulé dix propositions d’évolution du cadre législatif et réglementaire, destinées à faciliter les projets de transformation, d’adaptation ou de relocalisation des établissements exposés. D’autres opportunités émergent également, comme le développement du tourisme à vélo, qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’hôtellerie de plein air.


N. F.