En 2008, trois jeunes de San Francisco prévoient d’accueillir des amis et connaissances à l’occasion d’un congrès sur le design dans leur ville. Confrontés à une offre hôtelière insuffisante, ils décident de mettre à disposition des lits d’appoint au sein même de leur habitation, le temps de l’évènement. Ils créent alors une petite plate-forme sur le Web permettant de réserver des matelas gonflables (Airmattress) et le petit-déjeuner (Bed and Breakfast). L’idée d’AirBnB est lancée. Six ans et quelques améliorations plus tard, le site revendique sur sa page 600 000 logements en location répartis dans 34 000 villes de 192 pays et 11 millions de voyageurs. Le but de ce site, évidemment décliné depuis en application smartphone, est de mettre en relation des « hôtes » qui proposent à la location une chambre, un appartement ou une maison à des clients « voyageurs » qui cherchent un hébergement leur permettant de vivre comme un autochtone, c’est-à-dire « à la manière de », sans se restreindre aux offres touristiques traditionnelles, parfois concentrées dans les quartiers touristiques ou décrétés comme tels par les agences classiques.
Si AirBnB n’est pas le premier acteur de l’économie dite « collaborative » à proposer ses services, d’autres l’ayant fait avant lui : Abritel (Homeholidays), Bedycasa, PAP… AirBnB a confirmé sa place de leader avec une valeur estimée à 10 milliards de dollars.
La clé de la réussite ?
- Une interface ultra simple proposant au voyageur à la recherche d’un logement, une liste de propositions aux visuels standardisés grâce aux 3 000 photographes répartis à travers le monde,
- un paiement sécurisé sur lequel AirBnb prélève entre 9 et 15 % de commission,
- des tarifs de location inférieurs aux tarifs hôteliers,
- la situation des logements dans des quartiers parfois atypiques,
- l’impression de se retrouver dans un petit chez soi, par la personnalisation des lieux,
- une cible de clientèle jeune (64 % ont moins de 39 ans) qui réserve à des personnes qui n’avaient jamais proposé leur bien à la location avant AirBnb et qui y voient l’opportunité d’arrondir leurs fins de mois de manière peu contraignante.
Cette réussite n’est cependant pas du goût de tout le monde. Des voix se font entendre en France comme dans d’autres pays, voyant en AirBnb une menace toute particulière. Parmi eux, parlons de ceux qui nous intéressent en premier lieu : les hôteliers. Si la réglementation hôtelière est stricte, contrôlée et comme toute entreprise, taxée, le sort des logements disponibles sur AirBnb est tout autre. Il existe encore un flou juridique à ce niveau comme sur beaucoup d’exemples de l’économie collaborative. Jusqu’ici, la seul loi concernant les loueurs était axée sur le fait que le bien devait être propriété du loueur et mis en location sur une courte durée. Pour une location en longue durée, une demande de changement de destination du bien était nécessaire.
La loi Alur, voulue par l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot, tente d’encadrer a minima le phénomène, notamment en renforçant les formalités administratives auprès des mairies. L’idée d’une taxe de séjour est également apparue, par exemple à Paris, sans doute à la suite d’une expérience de ce type à San Francisco. Dans cette ville californienne, et pour apaiser les esprits, la compagnie a décidé de collecter la taxe hôtelière locale, équivalent de notre taxe de séjour.
C’est en effet un des points que dénoncent les hôteliers français : pourquoi tout hébergement marchand se devrait de collecter la taxe et pas les loueurs meublés de courte durée ? Et la Sacem ?
C’est effectivement une piste, mais rejetée par certains alertant sur le fait que si l’assujettissement à la taxe de séjour offre un point de comparaison fiscal avec les hôteliers, il professionnalise aussi ce mode d’hébergement, offrant potentiellement des possibilités supplémentaires de reconnaissance auprès des pouvoirs publics.
Par ailleurs, les hôteliers doivent répondre à une réglementation et des obligations inhérentes à leur statut d’ERP ou au classement hôtelier lui-même telles que la présence 24h/24h, la réglementation incendie, les diagnostics obligatoires, la formation du personnel… Aujourd’hui, les locations meublées échappent à ces obligations pourtant présentées comme essentielles lors de leur création.
Quoiqu’il en soit, au-delà des considérations administratives liées à la location de biens meublés, les revenus générés par toute activité commerciale se doivent d’être déclarés à l’administration fiscale. Or, il est fort à parier que nombre des logements présents sur ces sites échappent à toute fiscalité.
L’économie collaborative correspond à un nouveau mode de fonctionnement, une façon de penser et voyager « alternative » intrinsèquement liée à l’évolution de notre société, nous ne pouvons aller contre. En revanche, face à cette nouvelle offre, il convient de trouver le meilleur moyen pour que chacun, professionnels de l’hôtellerie, loueurs occasionnels et businessmen improvisés jouent à armes égales. Nous continuerons de plaider en ce sens.
